Passer en L2, passer en conditionnel, redoubler : les règles du décret
À la fin de la L1, le jury n'a pas trente-six options. Les seuils sont nationaux, et le compteur d'inscriptions aussi. Mieux vaut les connaître en octobre qu'en juillet.
Trois issues, et un compteur qui tourne
À l'issue de la L1 et de sa session de rattrapage, votre situation se lit en crédits capitalisés, pas en moyenne annuelle. Le décret n°2012-1114 organise trois issues :
- le passage de plein droit : les semestres 1 et 2 sont validés, soit 60 crédits (art. 9) ;
- le passage conditionnel : il est autorisé à tout étudiant ayant validé et capitalisé au moins 70 % des 60 crédits de la L1 (art. 9) ;
- le redoublement : en dessous de ce seuil, l'étudiant reprend le niveau — dans la limite du nombre d'inscriptions autorisées.
Et par-dessus tout cela, une règle qui décide de la suite : deux inscriptions administratives annuelles au maximum par année d'étude (art. 11). On ne fait donc pas trois fois sa L1.
Les seuils de fin de L1
Les crédits se comptent sur les deux semestres de l'année, sans compensation de l'un par l'autre.
| Crédits capitalisés en L1 | Ce que cela ouvre | |
|---|---|---|
| Passage de plein droit | 60 crédits — S1 et S2 validés | Inscription en L2 sans dette |
| Passage conditionnel | Au moins 70 % des 60 crédits de la L1 | Inscription en L2 avec obligation de solder les crédits manquants de la L1 |
| Redoublement | En dessous du seuil de 70 % | Nouvelle inscription dans le même niveau, sur les seules UE non validées |
| Fin de parcours dans la licence | Deux inscriptions annuelles déjà prises dans l'année d'étude | Plus de droit à se réinscrire dans cette licence |
Sources : décret n°2012-1114, art. 9 et 11. Le décret exprime le passage conditionnel en pourcentage — « au moins 70 % des 60 crédits ». Les documents des établissements traduisent parfois ce seuil en valeur absolue et divergent sur le cas limite : l'UFR Sciences et Technologies de l'UGB parle d'un « minimum de 42 crédits », le livret de la FST d'un intervalle « supérieur à 42 et inférieur à 60 ». Faites trancher votre cas exact par votre scolarité.
Le passage conditionnel : avancer en traînant des dettes
Le passage conditionnel n'est pas un passage au rabais : c'est un passage sous obligation. Vous vous inscrivez en L2, mais vous restez redevable des crédits non validés de la L1.
La FST de l'UCAD, qui documente la mécanique dans sa fiche Assessorat, emploie un terme parlant : l'enjambiste. Sa règle est écrite noir sur blanc : « l'étudiant de L2 doit, pour avoir la possibilité de s'inscrire en L3, solder ses dettes de crédits de la L1 ». Tant que le niveau inférieur n'est pas soldé, le jury le déclare ajourné.
Trois conséquences très concrètes :
- vous suivez la L2 et vous repassez des UE de L1 : la charge de travail augmente, elle ne diminue pas ;
- en situation de passage conditionnel, vous recomposez sur tous les EC des UE non validées, et non plus seulement sur ceux qui étaient sous 10 — voir La session de rattrapage ;
- le blocage se manifestera à l'entrée en L3, pas tout de suite : une dette de L1 non soldée bloque l'inscription en L3.
Le même mécanisme existe un cran plus haut : le passage en L3 suppose S1 à S4 validés, soit 120 crédits, ou un passage conditionnel adossé à 70 % des crédits de S3 et S4 (art. 10). Le décret prévoit par ailleurs un accès direct en L3 pour les titulaires d'un DUEL, DUES, DEUG, DUT, BTS ou d'une équivalence.
Deux inscriptions par année d'étude : la règle la plus dure du décret
Le texte est court et sans nuance : « Les étudiants prennent au maximum deux inscriptions administratives annuelles par année d'étude dans le cursus de la licence » (art. 11).
En clair : on ne peut faire la L1 que deux fois. Après deux L1 non validées, l'étudiant perd le droit de se réinscrire dans cette licence. C'est la traduction directe du texte, et le jury de la FST peut d'ailleurs prononcer une décision d'exclusion à ce stade.
Une seule dérogation est prévue par le décret, et elle ne concerne pas la première année : une troisième inscription est possible uniquement en Licence 3, accordée par le doyen ou le directeur, dans un cas de force majeure, après avis d'une instance délibérante.
Ce plafond est aussi celui qui rend le calcul de bourse si sensible : un redoublement de trop et l'allocation d'études saute. C'est l'objet de La bourse : conditions d'attribution et de maintien.
Redoubler : ce que vous repassez, ce que vous gardez
Le redoublement n'efface rien de ce que vous avez validé. La fiche Assessorat de la FST le formule ainsi : « Tout étudiant déclaré redoublant sera dans l'obligation de s'inscrire à nouveau dans le niveau concerné », en ne repassant que les UE non validées.
La capitalisation joue donc à plein : une UE acquise l'est définitivement, un redoublant n'est plus évalué dessus, et il est impossible de renoncer à ses crédits pour « refaire l'année proprement ». Le rappel complet des règles de capitalisation est dans Valider son semestre.
Attention toutefois à la contrepartie déjà signalée : en redoublement, vous recomposez sur l'ensemble des EC des UE non validées, sans conserver les EC obtenus au-dessus de 10.
Sur le plan administratif, redoubler consomme votre seconde inscription dans l'année d'étude. Il n'y en aura pas de troisième en L1.
Le chiffre à garder en tête, et ceux qu'il ne faut pas croire
Le tableau de bord 2020-2021 de l'UCAD (Direction 3DI, statistiques.ucad.sn) donne un taux de réussite en L1 de 52,60 % pour les quatre facultés FASEG, FLSH, FSJP et FST — en baisse par rapport à 2019-2020 dans trois d'entre elles, en hausse à la FLSH. Presque un étudiant sur deux ne valide donc pas sa L1 du premier coup dans ces facultés.
Le même document rappelle le contexte : 89 443 étudiants inscrits à l'UCAD en 2020-2021, dont 25 805 nouveaux bacheliers effectivement inscrits sur 28 904 orientés — soit 29 % de l'effectif total. À la FST, le livret de l'étudiant fait état de 12 300 étudiants pour huit amphithéâtres.
Deux précautions, en revanche :
- il n'existe pas de taux d'échec national en L1 publié par le ministère dans les documents que nous avons pu consulter. Les « 60 % » ou « 70 % d'échec » qui circulent ne reposent sur aucune source officielle : nous ne les reprenons pas ;
- le constat de taux d'échec élevés en L1 et L2 figure dans le rapport de la CNAES d'avril 2013 et ses 78 recommandations, qui l'expliquait par les difficultés d'adaptation entre le secondaire et le supérieur et par les conditions d'études et de vie. C'est un constat officiel — mais il date de 2013.
La conclusion pratique n'est pas de dramatiser : c'est de traiter la L1 comme une année à règles, pas comme une année de découverte. Voir Méthode de travail en L1, et si la spirale s'installe, Le burnout scolaire.
Et si la L1 ne passe pas ?
Deux réflexes, dans cet ordre.
D'abord, faire le compte exact de vos crédits. Un étudiant à 70 % des crédits n'est pas dans la même situation qu'un étudiant à 20 %. Le premier négocie un passage conditionnel, le second prépare une seconde inscription ou une réorientation.
Ensuite, ne pas attendre la rentrée pour bouger. Les passerelles internes prévues à l'article 19 se demandent auprès de votre établissement, et vos crédits acquis vous suivent en cas de changement d'établissement pour la même formation (art. 30). C'est l'objet de Se réorienter après une L1.
Enfin, gardez en tête que la licence n'est pas le seul horizon possible : notre article Après la licence décrit les suites de parcours, et le dossier Après le bac au Sénégal recense les autres voies, dont les ISEP. Pour revenir à la vue d'ensemble : Réussir sa première année à l'université.
Une L1 qui démarre mal, ça se rattrape
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Questions fréquentes
Combien de crédits faut-il pour passer en L2 ?
60 crédits, c'est-à-dire les semestres 1 et 2 validés, pour un passage de plein droit (art. 9 du décret n°2012-1114).
Qu'est-ce que le passage conditionnel ?
C'est l'autorisation de s'inscrire en L2 en ayant validé et capitalisé au moins 70 % des 60 crédits de la L1. L'étudiant concerné garde une dette de crédits qu'il devra solder : à la FST, il doit avoir soldé ses dettes de L1 pour pouvoir s'inscrire en L3.
Combien de fois peut-on redoubler la L1 ?
Une seule fois. Le décret limite à deux inscriptions administratives annuelles par année d'étude (art. 11). Une troisième inscription dérogatoire est prévue uniquement en Licence 3, accordée par le doyen ou le directeur en cas de force majeure, après avis d'une instance délibérante.
En redoublant, dois-je repasser les UE que j'avais validées ?
Non. Une UE validée est définitivement acquise et un redoublant n'est plus évalué dessus. En revanche, dans les UE non validées, le redoublement fait recomposer tous les EC, y compris ceux où vous aviez obtenu 10 ou plus.
Quel est le taux d'échec en L1 au Sénégal ?
Il n'existe pas de taux national publié dans les sources officielles que nous avons consultées. Le seul chiffre solide dont nous disposons est celui du tableau de bord 2020-2021 de l'UCAD : 52,60 % de réussite en L1 pour les facultés FASEG, FLSH, FSJP et FST. Les pourcentages d'échec « nationaux » qui circulent en ligne ne sont pas sourcés.
Le passage conditionnel a-t-il un effet sur ma bourse ?
Il peut en avoir un. Les règles d'allocation reposent sur le décret n°2014-963, qui tolère un seul redoublement par cycle ; par ailleurs, la bourse d'excellence rétrograderait en bourse pédagogique en cas de redoublement ou de passage conditionnel selon des sources concordantes que nous n'avons pas pu vérifier auprès du ministère. Détails et réserves dans La bourse : conditions et maintien.
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