Ce que disent réellement les textes sénégalais : 180 crédits pour la licence, 120 pour le master, un crédit qui vaut vingt heures de travail. Et la confusion la plus répandue sur la durée du master.
Le LMD — licence, master, doctorat — n'est pas une réforme française qu'on décrirait de loin. Au Sénégal, il a ses propres textes, et ce sont eux qui déterminent la durée de vos études, la valeur de vos crédits et les conditions de votre diplôme.
Cet article a été entièrement réécrit : sa version précédente décrivait la réforme française de 2002 et n'était plus à jour depuis plus de dix ans.
Les textes qui s'appliquent réellement
Trois décrets du 12 octobre 2012 encadrent les trois grades, complétés par la loi n° 2011-05 du 30 mars 2011 :
- décret n° 2012-1114 — le diplôme de licence ;
- décret n° 2012-1115 — le diplôme de master ;
- décret n° 2012-1116 — le diplôme de doctorat.
Ils sont publiés par le ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation (mesrisenegal.sn), qui les référence comme modifiés — les décrets licence et master ont été retouchés en 2013, après que leur application eut révélé des difficultés. Ce sont ces textes qu'il faut citer et vérifier, pas les pages d'un site d'orientation français.
Un repère utile pour situer la chronologie : le LMD s'inscrit dans une directive de l'UEMOA de 2007 adoptant le système dans les universités de la zone. Il a été expérimenté dans les universités sénégalaises au cours des années 2000, puis généralisé et encadré par la loi de 2011 et les décrets de 2012. Si vous lisez que « le LMD date des textes fondateurs de 2002 », vous lisez une chronologie française.
La licence : six semestres, 180 crédits
« Le cursus de la licence est structuré en six semestres d'enseignement de 30 crédits » (décret 2012-1114, article 3), et « la licence sanctionne un niveau correspondant à l'obtention de 180 crédits » (article 4). Les semestres 1 et 2 forment la L1, les semestres 3 et 4 la L2, les semestres 5 et 6 la L3.
Le master : quatre semestres, 120 crédits — et la confusion à dissiper
« Le cursus du master est structuré en quatre semestres de 30 crédits chacun » (décret 2012-1115, article 3). Les semestres 1 et 2 correspondent au Master 1, les semestres 3 et 4 au Master 2. Et « le diplôme de master sanctionne un niveau correspondant à l'obtention de 120 crédits, après la licence » (article 4).
Une correction s'impose ici. La version précédente de cette fiche annonçait un master en « 10 semestres, 300 crédits ». C'est une confusion entre le cursus du master lui-même et le cumul depuis le baccalauréat : la licence (6 semestres, 180 crédits) suivie du master (4 semestres, 120 crédits) fait bien 10 semestres et 300 crédits depuis le bac. Mais le master, à lui seul, c'est quatre semestres et 120 crédits. La nuance change tout quand on planifie ses études.
Le doctorat : trois ans, 180 crédits après le master
Le doctorat « sanctionne un niveau correspondant à l'obtention de 180 crédits après le master » et confère le grade de Docteur (décret 2012-1116, articles 1 et 22). « La préparation du doctorat s'effectue en trois ans » (article 19), un délai supplémentaire pouvant être accordé à titre dérogatoire. Les études sont organisées dans des écoles doctorales, accréditées par arrêté ministériel après évaluation de l'ANAQ-Sup.
Une exception à connaître : les diplômes d'État de docteur en médecine, en pharmacie, en chirurgie dentaire et en médecine vétérinaire ne relèvent pas de ce régime — leurs dispositions propres restent applicables (article 4).
Ce qu'est un crédit : vingt heures de travail
C'est la notion la moins bien comprise du système, et elle est pourtant définie noir sur blanc. « Le crédit équivaut, conformément à l'article 3 de la loi n° 2011-05 du 30 mars 2011, à vingt heures de travail » (décret 2012-1114, article 17).
Vingt heures de travail, pas vingt heures de cours. Le volume comprend les enseignements et le travail personnel de l'étudiant. Un semestre à 30 crédits représente donc de l'ordre de 600 heures de travail — ce qui explique pourquoi une charge qui paraît légère à l'emploi du temps ne l'est pas dans les faits.
Unités d'enseignement, capitalisation et transfert
Une formation est composée d'unités d'enseignement (UE), obligatoires ou optionnelles, chacune affectée d'un coefficient et d'une valeur en crédits.
Deux principes en découlent, et ce sont eux qui rendent le système intéressant pour l'étudiant :
- La capitalisation. Les unités d'enseignement validées « sont définitivement acquises et capitalisables » (article 27). Le lexique du décret parle de reconnaître « à vie » cette possession. Un redoublant ne repasse pas ce qu'il a validé.
- Le transfert. En cas de changement d'établissement pour poursuivre le même cursus, les crédits obtenus dans l'établissement d'origine sont définitivement acquis (article 30 du décret licence, article 33 du décret master). Vous ne recommencez pas de zéro.
S'y ajoutent les passerelles : les établissements « mettent en place des passerelles » permettant de passer d'une filière à une autre, interne ou externe, afin d'assurer la mobilité des étudiants (article 19).
Savoir valider, passer, redoubler
La structure est une chose ; les règles qui décident si vous montez en année en sont une autre — et c'est là que le système sénégalais diverge le plus nettement du système français. Elles sont détaillées dans notre fiche Le LMD dans l'enseignement supérieur au Sénégal : valider, passer, redoubler.
Où le LMD s'applique
Le LMD structure les cursus des universités publiques. Pour un établissement privé, la question n'est pas seulement de savoir s'il « fait du LMD » : c'est de vérifier que la formation est habilitée et accréditée, faute de quoi les crédits et le diplôme ne vaudront pas ce que vous croyez. Voir École privée : vérifier que le diplôme est reconnu, et notre comparatif Licence ou Bachelor : les différences.
Sources : loi n° 2011-05 du 30 mars 2011 ; décret n° 2012-1114 du 12 octobre 2012 relatif au diplôme de licence (articles 3, 4, 17, 19, 27, 30) ; décret n° 2012-1115 du 12 octobre 2012 relatif au diplôme de master (articles 3, 4, 33) ; décret n° 2012-1116 relatif au diplôme de doctorat. Textes publiés par le MESRI (mesrisenegal.sn).








