Depuis 2022, le Sénégal a ses propres classes préparatoires scientifiques, sur le campus de l'École polytechnique de Thiès. Filières MPSI et PCSI, recrutement sur dossier après le bac, et ce que la prépa ouvre vraiment.
Pendant longtemps, « faire une prépa » quand on est bachelier sénégalais voulait dire partir — en France ou au Maroc. Ce n'est plus le cas depuis la rentrée 2022 : le Sénégal a ses propres classes préparatoires aux grandes écoles.
Cet article a été entièrement réécrit. Sa version précédente décrivait les prépas françaises — prépas scientifiques, économiques et littéraires, sélection sur les bulletins de première et de terminale, accès ouvert « aux bacheliers S, L et G ». Rien de tout cela ne décrit la situation sénégalaise.
Ce qui existe vraiment : des CPGE scientifiques publiques, à Thiès
Les classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE) sénégalaises ont ouvert à la rentrée 2022. Elles sont installées sur le campus de l'École polytechnique de Thiès (EPT), en attendant des locaux dédiés dont la construction a été lancée le 27 octobre 2022.
Le cursus dure deux ans et suit des programmes nationaux. Deux voies sont ouvertes en première année :
- MPSI — mathématiques, physique et sciences de l'ingénieur ;
- PCSI — physique, chimie et sciences de l'ingénieur.
La deuxième année spécialise, avec trois voies : MP, PC et PSI. Le rythme est celui d'une prépa : environ dix heures de mathématiques par semaine en MPSI, de l'informatique en Python, des laboratoires de physique, chimie et sciences de l'ingénieur, et des colles — ces interrogations orales hebdomadaires qui font une bonne part de l'entraînement.
Un point important, souvent mal compris : seules des voies scientifiques existent dans le dispositif public. Il n'y a pas, au Sénégal, de prépa économique et commerciale ni de prépa littéraire publique. Les guides qui décrivent « les trois grandes familles de prépas » parlent de la France.
Comment on entre : sur dossier, et après le bac
C'est la différence la plus structurante avec la France : il n'y a pas de concours d'entrée, et la sélection intervient après le baccalauréat, sur les résultats obtenus à l'examen — pas sur les bulletins de première et de terminale, qui ne sont que des pièces du dossier.
Le profil recherché est précis :
- bacheliers sénégalais de la session en cours ;
- séries S1, S2 ou S3 ;
- mention Bien ou Très Bien ;
- une attention particulière est portée aux notes de mathématiques, physique-chimie, français-philosophie et anglais.
Le recrutement est annoncé chaque année par un communiqué du ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation, publié après les résultats du bac, qui fixe les modalités et les pièces du dossier. Le candidat classe ses vœux entre MPSI et PCSI.
Attention : la candidature en CPGE ne passe pas par Campusen. C'est un canal distinct, avec son propre calendrier. Ne comptez pas sur la plateforme d'orientation pour vous y inscrire — et ne renoncez pas pour autant à y formuler vos vœux, qui restent votre filet de sécurité. Voir la procédure Campusen.
Le calendrier a varié d'une année à l'autre : ne vous fiez à aucune date recopiée sur un blog ou un réseau social, et vérifiez sur cpge.sn et sur le site du ministère au moment de la campagne.
Enfin, les candidats retenus bénéficient d'une bourse d'excellence locale. Les autres dispositifs d'aide sont détaillés dans Bourses et aides.
Ce que la prépa ouvre après deux ans
Les CPGE sénégalaises préparent aux concours des écoles d'ingénieurs françaises comme sénégalaises. Côté français, les concours visés sont ceux des groupes X-ENS, Mines-Ponts, Centrale et les Concours communs polytechniques (aujourd'hui Concours Commun INP). Sont également citées l'ENSAE de Dakar et l'École Centrale de Casablanca, au Maroc.
Côté sénégalais, un concours commun a été mis en place par le REPFIS, le réseau des établissements publics de formation d'ingénieurs du Sénégal. Sa première édition, en 2025, était explicitement ouverte aux étudiants issus des CPGE, qu'ils soient inscrits au Sénégal ou à l'étranger. Le réseau regroupe huit écoles : l'ESP (UCAD), l'EPT de Thiès, l'IPSL (UGB), l'UFR-SI de l'Université Iba Der Thiam, Polytech Diamniadio (UAM), l'ENSA, l'École nationale supérieure des Mines et de la Géologie et l'ISFAR de Bambey. À la clé, un cycle d'ingénieur de trois ans.
Et si le concours ne passe pas ? La prépa n'est pas une voie sans issue : les étudiants peuvent être admis sur dossier dans d'autres formations supérieures, ou intégrer un parcours universitaire en troisième année de licence. Les deux années ne sont pas perdues.
La prépa n'est pas le seul chemin vers l'ingénieur
Deux concours coexistent au Sénégal, et les confondre fait rater le bon.
Le concours d'entrée à l'EPT, juste après le bac. L'admission en première année de l'École polytechnique de Thiès se fait par voie de concours, parmi les titulaires du baccalauréat des séries scientifiques et techniques. Deux particularités à connaître : il faut être âgé de moins de 22 ans au 1er octobre de l'année d'admission, et le concours se tient en juin, avant les épreuves du baccalauréat — les élèves de terminale y concourent, leur admission restant conditionnée à l'obtention du bac. Le cursus dure cinq ans : un tronc commun de deux ans, puis trois ans de spécialisation, parmi cinq filières : génie civil, génie électromécanique, génie informatique et télécommunications, génie aéronautique et génie industriel. Ce tronc commun est, de fait, une prépa intégrée. Notre fiche : Concours EPT de Thiès.
Le concours à bac+2, dit « concours DIC ». Il recrute à un tout autre niveau : titulaires d'une licence 2 validée en sciences et technologies, d'un DUES ou d'un DEUG scientifique, ou sortants de CPGE. C'est ce recrutement que le concours commun REPFIS mutualise aujourd'hui, avec un dépôt de candidature en ligne. Notre fiche : Concours DIC (École supérieure polytechnique). Vue d'ensemble : Les concours d'entrée aux écoles d'ingénieurs.
Et les prépas privées ?
Des établissements privés proposent au Sénégal des « classes préparatoires » ou des « cycles préparatoires intégrés ». Ce sont des offres réelles, mais elles n'ont ni le même statut ni les mêmes débouchés que les CPGE publiques : elles préparent souvent aux concours d'écoles partenaires, principalement françaises, et elles sont payantes.
Avant de vous engager et de payer, posez deux questions simples : à quels concours cette prépa donne-t-elle réellement accès, et quel est le statut de l'établissement — habilitation du MESRI, accréditation ANAQ-Sup. La méthode de vérification, en dix minutes, est décrite dans École privée : vérifier que le diplôme est reconnu.
Est-ce fait pour vous ?
La prépa demande deux années de travail dense, à Thiès — donc en internat de fait pour la plupart des admis — avec une exigence sans rapport avec la terminale. Elle s'adresse à des bacheliers scientifiques qui visent explicitement une école d'ingénieurs et acceptent de repousser de deux ans le moment où ils entreront dans leur école.
Si ce n'est pas votre cas, d'autres voies mènent à un métier technique sans passer par là : le concours EPT juste après le bac, la licence puis le concours DIC, ou un Bac+2 professionnel en ISEP. Le panorama complet : Après le bac au Sénégal, le guide de l'orientation.
Sources : dispositif des CPGE du Sénégal (cpge.sn) ; communiqué du MESRI relatif au dépôt des candidatures en CPGE ; École polytechnique de Thiès (ept.sn, ept.edu.sn) ; École supérieure polytechnique (esp.sn) ; concours commun du REPFIS. Les calendriers, les pièces à fournir et les capacités d'accueil sont republiés chaque année : vérifiez-les à la source avant de candidater.







